|
|
____________________________________________________________________________________
|
Intervention C.Milcent |
|
|
Intervention de Catherine Milcent Autisme France au Sénat
Paris, le 4 mars 2003 Sénat - Audition sur la maltraitance des personnes handicapées par un syndrome autistique Un exemple de «Maltraitance par défaut» en plus des formes «habituelles» à déplorer.
« La pire Maltraitance que l'on peut faire à une personne autiste est de ne pas l'éduquer et de la laisser croupir dans son autisme » (Stanislas Tomkiewicz)
EXPOSE LIMINAIRE : DEFINITION DE L'AUTISME
Un syndrome de description clinique sans marqueur biologique connu, à ce jour.
Ce syndrome spécifique a été décrit par Léo Kanner en 1943 et Hans Asperger en 1944. Sa connaissance par le monde médical est donc récente puisqu'elle ne date que de 60 ans. Cette pathologie implique le dysfonctionnement de zones du cerveau spécifiquement développées chez l' humain (en particulier le lobe préfrontal, le cervelet et leur activation au niveau du tronc cérébral), difficiles à explorer (IRM et PETscan difficilement applicables à l'ensemble de l'échantillon de cette population peu malléable), avec peu de modèles animaux habituels, ce qui explique en partie les connaissances encore limitées sur la problématique sous jacente.
Il comporte par définition à la suite d'un consensus international : OMS (CIM 10) et APA (DSM IV) une triade symptomatique qui est en place et détectable avant l'âge de 36 mois. Déficit qualitatif de l'interaction sociale Déficit qualitatif de la communication non verbale et verbale Motricité aberrante : gestes répétitifs, stéréotypies etc.
Spécificité de l'autisme : Auto-centrage sensoriel et difficulté à percevoir et à s'intéresser à d'autres humains suivant une affiliation et une empathie traditionnelle. Difficulté à percevoir l'autre et à agir en tenant compte de ses caractéristiques : croyances, intentions et points de vue semblables ou différents ( Théorie de l'esprit ).
Ce syndrome qui atteint l'intérêt et la compréhension sociale est commun à plusieurs dizaines de pathologies sous- jacentes dont un certain nombre sont déjà bien connues et étudiées (ex : Rett, FraX, Phénylcétonurie etc.), maladies le plus souvent d'origine génétique et de traduction métabolique qui occasionnent des défauts d'équipement ou de fonctionnement de structures neuronales interactives pré-citées.
Certaines de ces maladies ou de ces défauts métaboliques sont curables si détectés à temps et une alimentation ou une médication de suppléance est rapidement mise en place.
Ce problème d'activation de certaines « boucles » qui traitent : l'information sociale, l'intérêt pour les personnes, l'empathie, l'imitation, la planification de l'action finalisée et la motivation sociale, occasionne un handicap massif et très invalidant mais parfois peu visible au premier regard chez le très jeune enfant,, vu l'apparence physique souvent harmonieuse des enfants atteints.
Résultat : Un handicap très intense et une population particulièrement vulnérable.
Il existe un déficit d'acquisition de compétences de tout ordre ( autonomie, langage, parole, alphabétisation ) et donc un surhandicap, lié initialement au peu d'intérêt pour l'environnement social (sauf prise en charge précoce, intensive et adaptée) et à l'absence des motivations habituelles sur lesquelles les adultes construisent par habitude et tradition l'éducation des enfants neurotypiques, ( vouloir apprendre pour faire plaisir, pour faire comme le grand frère, pour montrer son savoir aux autres, pour gagner de l'importance dans l'échelle sociale etc.)
Cette population est très touchée dans son « essence » même : la sociabilité.
Sont atteints ou restreints : regard, attention conjointe, désignation, reconnaissance des visages, perception et compréhension des postures et des attitudes de communication, motricité (inhibée ou aberrante, stéreotypies etc...
A celà s'ajoute souvent l' hyperactivité des zones limbiques associée avec phobies , obsessions, intolérance à la frustration et colères fréquentes.
Troubles spécifiques de compréhension du langage, aphasies, agnosies et apraxies sont souvent associés . Epilepsies mal contrôlées et surajoutées ( 30% des cas et souvent d'apparition tardive à la puberté ).
Nombre de personnes concernées par l'autisme en France
Absence de chiffres nationaux et de diagnostics systématiques ou de registre comme dans certains pays du nord de l'Europe mais si l'on applique les statistiques Danoises récentes et très rigoureuses (prévalence du «Spectre autistique » : Troubles Envahissants du Développement) : 1,2 personnes atteintes pour mille naissances
En France, Le chiffre de 100 000 personnes atteintes peut être retenu, 4 fois plus de garçons que de filles;75% sont affectées de retard mental primitif ou par surhandicap, 30% ont une épilepsie associée, 50% ne développent pas d'expression verbale ( si celle-ci n'a pas été systématiquement ciblée par une rééducation appropriée)
LA MALTRAITANCE DE LA POPULATION ATTEINTE
Différentes catégories de maltraitance peuvent se retrouver car la population visée est particulièrement vulnérable. Grande dépendance Expression verbale ou gestuelle absente ou limitée Hyper excitabilité par déficit de modulation sensorielle ou défaut d'inhibition corticale avec tendance à être sur stimulés et débordés facilement par les émotions de base, joie, tristesse, surprise, dégoût, peur et colère. Peu de langage intérieur pouvant temporiser le choc des émotions.
Maltraitance et Création d'un surhandicap par non application des droits fondamentaux de tout citoyen : Le droit à l'éducation, à « l'obligation scolaire » ( !
) l'accès aux structures de loisirs extrascolaires.
L'exclusion de l'Education nationale
Il a existé pendant des années ( paradoxalement surtout après les années 70 ) une tradition d'exclusion dans l'éducation nationale, de toute personne différente surtout lorsque l'étiquette de « maladie mentale » permettait de se dédouaner d'une scolarisation possible mais difficile : « Ils ont besoin de « soins » et ils seront mieux « soignés » ailleurs, chez les autres » , dans un hôpital de jour plutôt que dans une école ! . Ceci ne trompe pas les parents (l'exclusion s'est toujours parée de bons sentiments et c'est toujours pour le bien et la santé de l'autre qu'on l'expédie ailleurs, et souvent hélas, hors de la cité cf : la Belgique et Hendaye pour les enfants parisiens).
Ce qui est indéniable c'est que le ratio d'encadrement des enfants autistes doit être, au début en tout cas et probablement pendant toute la scolarité primaire de 1 enseignant pour 2 enfants autistes , si on veut les démutiser, leur apprendre le langage et un minimum de communication et les alphabétiser. C'est certes plus coûteux que l'école normale mais moins que l'hôpital de jour.
Historique d'exclusion de l'éducation nationale malgré la loi de 1975 et les circulaires d'application dès 82 et 83 ; Alors 20 ans plus tard, aujourd'hui que se passe t-il ?
L'exclusion des structures médico-sociales, éducatives et travail protégé : IME, IMPro, CAT
Historique de la création du médico-social : l' UNAPEI a crée depuis plus de 50 ans, surtout autour des enfants trisomiques, un certain nombre d'établissements qui ont permis de sortir leurs enfants de ces grands mouroirs qu'étaient à l'époque les hôpitaux psychiatriques, l'APAJH, L'APF puis bien d'autres associations ont suivi.
En ont été exclus à peu près massivement , les autistes car leur comportement « asocial » et peu docile, les rendait moins gratifiants et plus difficiles pour les équipes.
L'éducation des autistes qui à partir de la loi de 1975 aurait du être financièrement assurée et assumée par l'état et l'éducation nationale, s'est ainsi vu rattachée au « médico-social » donc soumise à un financement sécurité sociale à enveloppe fixe : Education dite sans complexe : « eu égard aux moyens disponibles » et non équipement lié à un quota de population.
La violence et la maltraitance « par défaut est présente puisque les enfants autistes n'ont plus les même droits que tous les autres enfants de ce pays.
Combien d'autistes en France et où sont-ils ?
Il semble que ni les DRASS, ni le ministère de la Santé ne puissent répondre à ceci ; Il faut donc développer une épidémiologie à l'échelon national et une sensibilisation des généralistes et tous les spécialistes qui côtoient les très jeunes enfants car diagnostic et prise en charge adaptée et précoce conditionnent l'adaptation sociale future des personnes autistes.
Le fractionnement de la « prise en charge » par « tranches d'âge »
Ces discontinuités ne font qu'empirer les prises en charge sans fondement scientifique ni évaluation de leurs résultats car dès que le candidat autiste devient difficile, parfois comme conséquence d'un programme inadapté, on trouve qu' «il a dépassé l'âge pour cette structure» et il est expédié vers un autre endroit qui le reçoit avec les conséquences du programme précédent et des années d'habitudes difficilement récupérables avec pour conséquence la neuroleptisation.
Les ravages des croyances dépassées sur l'autisme et la prise en charge des personnes autistes. La croyance que la thérapie des parents et des enfants « soigne » l'autisme La croyance que les neuroleptiques « soignent » l'autisme
Maltraitance par ignorance des techniques de modification de comportement alors que toutes les recherches montrent que l'apprentissage par la conséquence est essentiel car les personnes avec autisme ont peu de langage verbal et donc de raisonnement lié au langage. L'absence ou le déficit d'apprentissage par observation et par imitation rendent également nécessaire de clarifier ce qu'il est souhaitable de développer ou de diminuer de façon compréhensible pour la personne autiste.
Maltraitance par « attentisme » L'illusion que l'envie de communiquer et le langage apparaîtront tout seuls L'illusion que les comportements problématiques s'arrangeront avec l'âge L'illusion qu'il faille attendre « l'émergence du désir » avant d'agir « par respect », ce qui crée un surhandicap (alors qu'on ne le ferait jamais avec les enfants « neurotypiques »)
Maltraitance par idée fausse que la violence est nécessairement liée à la pathologie autistique alors qu'elle est en partie adaptative : discours avec l'environnement et puissant moyen d'action
Maltraitance active par les équipes L'absence de formation , la sous qualification du personnel entrainent souvent enfermements et parfois attachement des personnes à leur lit ou autres
Maltraitance par Neuroleptisation Pratiquement obligée en hôpital ( cautionnée par les médecins) sous la pression des équipes soignantes qui croient que les neuroleptiques soignent et leur permettront d'endiguer la violence, alors que la camisole chimique ne sert pas à soigner ce que l'on appelle à tort « des angoisses » mais seulement à immobiliser temporairement
Maltraitance par absence de programme adéquat Jours passés sans activités pour des gens qui ne peuvent pas se structurer seuls. Toutes les tâches qu'ils pourraient réaliser avec aide et apprentissage adéquat sont confiées à du personnel : sous- traitance des repas, ménage.
Maltraitance par suivi médical insuffisant ulcères, occlusions intestinales, problèmes dentaires parce que la personne n'a ni appris à communiquer qu'elle a mal ni à désigner l'endroit douloureux pour aider au diagnostic. Il semble qu'il y a chez les autiste un excès de mortalité à des ages inhabituels. Les statistiques manquent ici aussi sur leur nombre et leurs causes: Iatrogénie, maladies non dépistées etc..
Maltraitance des Familles
Par les instances Absence dramatique de structures d'accueil Distance des structures existantes d'où problème de visite et d'accès L'exclusion des enfants de toutes les structures habituelles qui permettent aux parents de travailler et de se ressourcer La dispersion des aides et la complication à les obtenir L'exigence que les familles soient les promoteurs des équipements et les années nécessaires à les obtenir La complication des financements
Par leurs enfants et adultes autistes L'absence de guidance et d' »école des parents » qui augmentent la difficulté à supporter des enfants si difficilement éducables Les insomnies, les absences d'aide, l'absence de départ possible à l'âge habituel des adultes.
Par le voisinage et la société : ignorance Le besoin de campagnes de sensibilisation
Quelques contingences qui conditionnent l'évolution d'une personne avec autisme en France aujourd'hui A t-elle la chance d'être diagnostiquée tôt ou pas ? Grande ville, CHU ou pas ? Statut économique ? Guidance parentale, formation, accès aux Associations ? Les parents sont-ils anglophones et utilisateurs du net ?
L'Etat Français serait maltraitant par carence. Comment y remédier ?
Dr Catherine Milcent, Psychiatre, Praticien Hospitalier, Administratrice de Autisme France
|
|
|
|
AAF, c'est aussi : Maison Hans Asperger (à Alfortville - 94) 
Centre d'Expertise AAF (à Alfortville - 94) plan d'accès téléchargeable ouverture début 2010  Café Asperger (à Paris)
L' "Auti-bus" Prochaine sortie : 20 décembre 2009 Asperger Aide France sur
N'hésitez pas à nous y rejoindre |
|